Courrier
Les mots
« S’il n’y avait pas les mots, on serait quasiment morts »
- Comment ça, morts ?
- Morts. Comme les pierres.
- Et les animaux ? et les plantes ?
- …………
- Tu réfléchis, là…
- Je me demandais pourquoi tu as cette tendance à prendre les choses au premier degré.
- Comment ça ?
- Quand je te dis quelque chose, tu ne fais pas travailler ta tête. Tu n’essaies même pas de comprendre.
- Comprendre quoi ? ce que tu dis est clair.
- Oui mais « mort » ne signifie pas forcément « décédé ».
- Ah non ?
- Non : c’est une figure de style…
- Ce ne sont pourtant que des mots.
- Exactement !
- Si je comprends bien, on n’est pas morts mais on n’est pas plus avancés avec des mots qui ont un sens invisible
- Justement : c’est la beauté de la chose. Les mots peuvent être travestis.
- Tu veux dire que les mots, ayant déjà servi à prendre contact et à expliquer les choses, se seraient mis à tranformer le monde ?
- Tu as mis le doigt dessus ! quand il y a une erreur de commise, tout dépend de la personne. Tout dépend de ce qu’elle utilise comme vocabulaire : on lui pardonne ou on la condamne selon ce qu’elle dit.
- Tu crois ça ?
- Oui…
Tout est relatif…
« Tout est relatif. Les mots sont relatifs. Je veux dire : le sens des mots est relatif. »

La poste, Khenchela
-Tu es sérieux ?
-Très sérieux : on dit un mot, on ne sait pas ce que l’autre comprend.
-Comme en ce moment : je ne comprends rien à ce que tu dis
-Oui mais je parle en général. Les mots ont évolué. Les oreilles ont évolué. Les cerveaux ont évolué.
-Si tu dis un mot, c’est pour m’expliquer un truc ? C’est bien ça ?
-Tu vois : tu te perds déjà dans les mots…
-Doucement…je te pose une question : quand tu me parles, tu veux me dire quelque chose ?
-Certainement. Mais quand tu poses cette question, tu as déjà des doutes sur ce que je t’ai dit au début…
-Mais certainement ! puisque tu n’es pas clair !
-Je suis tellement clair que ma théorie se vérifie déjà avec toi
-Quelle théorie ?
-La théorie de la relativité du sens des mots
-…
-C’est mieux quand tu ne dis rien.
-Reprenons : c’est à moi que tu parles ?
-C’est vrai, clarifions ce point d’abord : c’est à toi que je parle
-Et tu crois que je ne suis pas capable de comprendre ce que tu dis ?
-Pas seulement ce que je dis : même le discours de Moha le fou, tu aurais des difficultés à le comprendre !
-Parce que toi, tu le comprends ?
-En quelque sorte…
-Et tu crois que mon cerveau a évolué ?
-Absolument ! mais entendons-nous bien ! « évolué » ne signifie pas « développé »…une maladie aussi « évolue ».
-On parle comme des intellectuels…