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La presse Algérienne "opposée" au pouvoir a démontré à plusieurs reprises son incompétence et son amateurisme. Avec des journalistes à la formation approximative, avec l'absence de spécialistes des questions de Droit, d'Economie, etc. les media algériens ressemblent furieusement à un café du commerce gigantesque.
Prompts à dénoncer le pouvoir "mafieux", les militaires, le président et tout le harem politique, ils se présentent essentiellement comme des défenseurs de la démocratie : ils se posent en vigies alertes des dérives du pouvoir, s'offusquant à l'occasion des attributions exorbitantes de Bouteflika et dénonçant les empiètements sur les pouvoirs législatif ou judiciaire. Ainsi, il est courant de lire des éditoriaux habillés d'un recul plus de posture que réel. Les mots lissent la virulence et donnent l'illusion que l'auteur a analysé soigneusement son sujet avant de réagir. Cela produit des textes qui ont la couleur, l'odeur et le gout de l'analyse. Mais il n'y a aucune analyse. Il n'y a que des réactions à une situation ponctuelle qui déplaît à l'auteur de l'article. Parfois, c'est toute la presse "d'opposition" qui parle en choeur comme en communion; ce qui finit par donner l'impression d'une opinion réfléchie et partagée. Rien n'est plus faux. Les journaux ont toujours vu dans la promulgation d'ordonnances présidentielles une manière de contourner le Parlement. Ils y voient une manoeuvre vicieuse du président de violer la souveraineté et les attributions du Parlement. Ils savent très bien que le président est dans son droit, mais ils déplacent le débat sur le plan moral. C'est de bonne guerre. A l'occasion de la révision de la loi relative à la prévention et à la lutte contre la corruption, les journaux se sont surpassés. Dans un premier temps, ils ont cédé à une pulsion pyromane qui semble devenir leur style de réaction : alors que les députés ont rejeté l'article 7 de la loi, les journaux (El Watan, Le Soir , Liberté ) ont sonné l'alarme en présentant le vote comme un rejet de la loi en bloc. "Assemblée Nationale et ses magouilleurs du FLN et du RND...en oubliant le Parti des travailleurs de Louisa Hanoun qui est également opposé à l'article 7. En ne citant que le FLN et le RND et en omettant le PT, les journaux agissaient ainsi de concert car ils savaient que la population se poseraient des questions en voyant le vote de Louisa Hanoun. Il est plus simple de ne parler que des moutons noirs. C'est plus crédible. Ainsi, sciemment, les "journalistes" ont présenté ce vote comme un rejet de la loi, montrant ainsi du doigt ce qu'ils veulent afficher comme une preuve de la corruption des élus. Or, l'article en question, si nos journalistes s'étaient donné la peine de vraiment analyser la question, remettait en cause les attributions de l'Assemblée en matière de levée de l'immunité parlementaire et venait en redondance des sanctions déjà prévues par ailleurs. Comme toujours, l'exécutif Algérien produisait du texte là où il fallait agir en appliquant ce qui existait déjà. Cette manière d'opérer a fait ses preuves en matière de dilution du Droit et en confusion juridique. Le plus extraordinaire est la suite de la réaction de nos "journalistes" : ils se sont mis à envisager et à espérer, avec de faux airs de spécialistes et avec des confidences d'un "haut responsable" anonyme, que le président légifère par ordonnance dans l'intersession pour rétablir l'article 7. Quelle inconséquence et quelle légèreté ! Quel reniement surtout ! Les ordonnances présidentielles, naguère présentées comme le "truc" vicieux, la diablerie ultime, l'arnaque totalitaire, devient l'espoir de ces "journalistes" remettant Bouteflika dans le rôle d'ultime recours de la démocratie, de la justice et de la morale. Le comble est que ces journalistes pensent que légiférer par ordonnance pendant les intersessions serait aussi simple que signer un décret. Ils oublient (ou ne savent pas) que ce genre d'ordonnance n'intervient qu'avant l'examen du texte par l'assemblée. Or, l'Assemblée a déjà examiné le texte. Nos journalistes ne proposent ni plus ni moins qu'une violation de la loi pour satisfaire leurs désirs. Ils oublient également que le vote de l'Assemblée, qu'ils les arrange ou pas, est le résultat d'un mécanisme démocratique et légal. Selon eux, l'Assemblée devrait toujours voter OUI, ce que, précisément, ils lui ont toujours reproché. Se présentant comme d'ardents défenseurs de l'indépendance du législatif et du judiciaire, ils se transforment "naturellement" en partisans du pire fascisme proposant de mettre au pas l'Assemblée Nationale. Les principes, c'est bien beau tant qu'ils ne heurtent pas nos désirs et nos besoins du moment. |