Sarah Baartman et la constance de l'homme blanc (II) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
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Écrit par A. CHORFA   
05-08-2008

Deuxième partie

 

Colonisant avec enthousiasme, ferveur et détermination, la France comptait bien "civiliser" ce pays perdu, repaire de pirates, de paresseux et d'hérétiques.

L'Algérie était une sorte de nouveau nouveau-monde. Seulement, les indigènes qui s'y trouvaient ne ressemblaient pas beaucoup aux indiens.

Cette invasion, justifiée comme on l'a dit par l'absolue nécessité de laver l'affront fait à la France par le Dey qui avait osé gifler un malhonnête homme, fut bien sûr re-justifiée par le besoin de sécuriser la méditerranée infestée par les pirates barbaresques.

Bush fit la même chose à propos de l'Irak deux siècles plus tard, mentant honteusement tous les six mois sur ses motivations et sur les faits dans le seul but de faire la guerre.

Si pour Bush, le but était désormais d'installer une démocratie en Irak -comme si on lui avait demandé quelque chose-, la France s'empressa elle aussi de s'afficher comme un facteur de civilisation.

 

La démocratie de Bush a choisi le canon pour s'installer : elle a produit du terrorisme là où il n'y en avait pas. Elle a rétrogradé un pays avancé économiquement et culturellement au rang de groupement tribal du moyen-âge. On pourra toujours, plus tard, trouver des "effets positifs" à ce carnage : la mort de Saddam (?), la montée du chiisme anti-sunnite, l'occidentalisation de la population...


Les français, quant à eux, ont choisi une curieuse manière de civiliser l'Algérie : A côté du canon et de la torche à enfumer, ils ont sélectionné la fine fleur des populations misérables, criminelles ou socialement instables, pauvres posant des problèmes à la métropole,  pour coloniser l'Algérie.


Il fallait le faire : civiliser des arabes réfractaires par des français rejetés par la France !


Là se trouve la meilleure preuve que la France était loin de vouloir civiliser les algériens. Les principaux objectifs étaient l'occupation et l'extermination. La colonisation devait finir par faire disparaître ces indigènes indésirables ou les faire fuir ailleurs.

 

Le même mouvement d'éloignement était en oeuvre en métropole : les pauvres, les socialement inaptes, les communards, devaient être "recasés" quelque part pour éviter les troubles sociaux.

 

Logique dans sa démarche, le régime français déporta et les communards et les révoltés algériens vers la Nouvelle Calédonie.

 

Parmi la population en révolte de la métropole, il n'y avait pas que des anarchistes mais également des pauvres qu'il fallait cacher ou mettre ailleurs pour éviter la contagion.

 

L'Algérie était l'idéal : ainsi, une colonisation du pays par le "rebut" (ainsi considérée par le régime français) permettrait de mettre la pression sur les indigènes en les éloignant vers les zônes incultes et donnerait une seconde chance aux populations françaises défavorisées.

 

D'un côté, la France appliquait son principe d'égalité en permettant à ses pauvres d'évoluer, de l'autre, elle ne faisait que déposséder un peuple et le condamner à disparaître. La France redistribuait à ses concitoyens les richesses des autres.

 

Les USA feront la même chose en Irak en accaparant les richesses pétrolères au profit de ses compagnies...sous prétexte de diffusion de la démocratie.

 

Cet élan général mais dont la générosité est à géométrie variable se retrouve en tous temps chez les colonisateurs et dans l'expansion des empires. Générosité exclusivement dirigée vers ses propres concitoyens et non en faveur des indigènes. Dans le même temps, on continue à tambouriner que le moteur est la volonté d'aider les peuples, de les civiliser ou de leur "octroyer" la démocratie. Bien entendu, il n'y a de civilisation qu'occidentale, de système politique valable qu'occidental et d'intelligence qu'occidentale. Que ces peuples aient déjà une Histoire, une culture et des systèmes de gestion de la cité ne compte absolument pas : ils ne sont pas occidentaux.

 

La France contrôlait la population à problèmes : les ouvriers par exemple devaient avoir sur eux un carnet de route à présenter à toute autorité le réclamant et sur tout le territoire français. Une sorte de passeport intérieur. Supprimé en France car finalement jugé contraire aux principes de la déclaration des droits de l'homme, il fut rétabli en Algérie pour les indigènes.

 

N'ayant pas besoin de signes distinctifs - un croissant sur la poitrine par exemple-, les indigènes portant sur leur visage l'indication de leur "race", il fallait les tracer. Le même principe fut appliqué plus tard aux juifs. Les nazis n'avaient rien inventé.

 

Les indigènes réfractaires ou qui ne mettaient pas assez de zèle à dénoncer leusr semblables ou qui simplement gènaient l'armée, étaient purement internés : c'était l'internement administratif, décidé de manière arbitraire, ancêtre du camp de concentration et résultat de l'application de deux régimes juridiques : un pour les colons et l'autre parfaitement discriminatoire et basé sur des critères raciaux pour les indigènes.

 

Hitler a donc eu de la matière pour son inspiration. Rien n'est unique dans ses actes même la volonté d'extermination. La seule différence est qu'il a presque réussi dans sa folie.

 

Bodichon et même ce cher Tocqueville, lumière de la démocratie, donneur de leçon franchouillard et ridicule, hypocrite total, exprimaient clairement que l'extermination était le but de la conquête de l'Algérie.

 

Commandant Testard à l'amiral Fourichon : "Le Calédonien est intelligent mais c'est un monstre de perversité; il faut commencer par détruire cette population si l'on veut vivre en sécurité dans ce pays. Le seul moyen qui paraisse un peu praticable pour en venir à bout, ce serait de détruire les plantations, les villages...."

 

Saint-Arnaud : "J'ai laissé sur mon passage un vaste incendie. Tous les villages ont été brûlés, tous les jardins, saccagés, les oliviers coupés."

 

Bussière : "[l'infanterie a pour tâche] de découvrir et de vider les silos, de raser les gourbis, de détruire les oliviers, les figuiers et les autres plantations ou récoltes" (Revue des deux mondes)

 

Lamartine (un autre grand hypocrite) : "L'autorité militaire a adopté, pour l'expulsion, pour le refoulement des indigènes, ce mot que je rougis de prononcer à cette tribune : les razzias. Le sustème des razzias a été le moyen d'exécution, de refoulement qui avait été recommandé à notre commission d'enquête coloniale. Chacune de nos colonnes portait la désolation dans le pays. Aucun homme ne fut épargné; les femmes furent prises, les troupeaux enlevés, les silos vidés, et le feu brûla tout ce qui ne parvint pas à s'échapper (Moniteur universel, Assemblée Nationale, 11 juin 1846)

 

Le but était l'extermination : par le fer, par le feu et par la famine. L'échec de l'entreprise n'excuse en rien et ne disculpe en rien la France coloniale.

 

Quand donc l'homme blanc a-t-il sangloté ? ceux qui s'indignent de cette culpabilisation de l'homme blanc tirent alibi de quelques personne honnêtes qui ont dénoncé la colonisation ou l'esclavage. Ils tirent alibi et endossent cette position alors qu'ils l'avaient combattue. Ils n'ont jamais sangloté. ils n'ont jamais reconnu leur culpabilité.

 

Après avoir soutenu le meurtre et combattu ou dénoncé les rares personnes possédant une moralité certaine, ils exhibent cette moralité qui ne leur appartient pas pour prouver qu'ils ont longuement sangloté.

 

C'est plus une continuation de ce combat contre ces mêmes personnes vertueuses qui continue qu'une reconnaissance du rôle néfaste de l'occident.

 

Parce que l'occident continue, fidèle à lui-même, à son égoïsme meutrier, à son avidité, à son absence totale de morale : Sarah Baartman a été exhibée jusqu'en 1974, date où les autorités françaises furent contraintes de ranger les restes de Sehoura hors du regard des voyeurs occidentaux toujours aussi malades.

 

L'Afrique du Sud, sous Mandela, réclama le corps de Sarah en 1994 à la France. Celle-ci, pays des droits de l'homme et des grands principes, grand baratineur mondial, renacla à le faire pour une raison stupidement occidentale et qui entre bien dans la "morale" de l'homme blanc : la France craignait l'explosion de réclamations en chaînes pour tous les objets qu'elle avait volés dans les anciennes colonies et partout dans le monde. Une histoire de sous surtout.

 

L'Afrique du Sud lui rappela que Sarah n'était pas un objet mais un être humain, de la tribu des hottentots, "le peuple des peuples", des gens de petite taille mais qui avaient une autre idée de la dignité humaine.

 

Ce n'est qu'en 2002, soit huit ans de marchandages français (et purement occidentaux) que Sarah put retourner en Afrique du Sud, parmi les siens.

 

Nelson Madela, quant à lui, le prisonnier politique le plus célèbre du monde, symbole de la lutte contre l'Apartheid, le racisme et la ségrégation, ne fut retiré de la liste des terroristes établie par les USA, "première démocratie du monde", qu'en 2008...

 



Commentaires
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Jonquille - sarah Baartman Registered | 2008-08-11 19:37:08
Cet écrit m'a vraiment bouleversé et m'a beaucoup appris.
Cependant il y a une pratique coloniale que j'ignorais:celle qui consistait à délivrer un 'pass' pour la circulation des indigènes.Peux-tu me dire où je peux trouver cela.Merci.
Patchwork Manager | 2008-08-11 19:47:49
Citer:
Créé en 1781, puis réintroduit dans la législation nationale en vertu de la loi du 7 frimaire an XII, il a survécu à tous les régimes du XIX0 siècle avant d'être aboli en 1890. Il fut un instrument majeur de contrôle de la classe ouvrière, utilisé conjointement par l'Etat, dont la justice sanctionnait son défaut de présentation, et par les employeurs, qui devaient l'exiger au moment de l'embauche. Il ne disparaît pourtant pas en 1890; sept ans plus tard, on le retrouve en Algérie, où il s'ajoute aux nombreuses dispositions opposables aux seuls indigènes. Le Livret permet de les surveiller, de suivre leurs déplacements et de punir ceux qui ne sont pas en sa possession, en associant, dans ces missions de police des populations et du territoire, les autorités locales et les patrons chargés de vérifier l'existence et la validité du document.


Source : Olivier Le Cour Grandmaison, 'Coloniser, exterminer'

Les'indigènes' devaient aussi avoir un permis de voyage pour quitter leur circonscription, saluer les militaires dans les territoires militaires, déclarer les naissances dans un délai inférieur à huit jours....

Selon l'ordonnance du 26 septembre 1842, en cas de crime ou délit, les indigènes sont privés du bénéfice des circonstances atténuantes : ils sont arabes, ils prennent automatiquement le maximum.
S'ils prennent plus de trois ans, ils sont tranférés hors d'Algérie automatiquement, ce qui constitue une aggravation de la peine uniquement parce qu'ils sont "arabes".
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Dernière mise à jour : ( 11-08-2008 )
 
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