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Sarah Baartman et la constance de l'homme blanc (I) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
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Écrit par A. Chorfa   
30-07-2008

Première partie

 

ImageSehoura, née en 1789 au Cap en Afrique du Sud, fut baptisée par les bons chrétiens d'alors en Saartjie. Baptême censé lui ouvrir les portes du Paradis mais qui, en réalité, la fit entrer dans l'enfer terrestre de l'homme blanc « civilisé ». Les hollandais, colonisateurs de son pays, massacrèrent ses parents et sa tribu sous ses yeux. Elle appartenait au peuple « Hottentot » ainsi nommé par les hollandais à cause de sa langue crépitante qui, selon l'oreille de ses bons civilisateurs, ressemblait à un bégaiement.


Elle appartenait à la tribu des Khoekhoe (ou Khoi Khoi), « peuple des peuples », et toute la dignité de cette dénomination ne pesa pas une plume devant les colonisateurs.

 

Saartjie, dont le prénom fut transformé en Sarah, perdit à 14 ans son époux, massacré par les blancs, puis son enfant en bas âge. Pour ne pas perdre la tête (au sens propre puisque les cadavres étaient décapités pour envoyer les têtes en Europe aux musées d'Histoire naturelle), elle entra dans un orphelinat où elle apprit le métier de servante.


Elle fut employée dans une famille hollandaise où elle fut violentée. Ensuite, on la vendit au frère de son maître, un certain Heindrick.


Heindrick était surtout intéressé par une caractéristique particulière de Sarah : elle avait ce qu'on appelait alors le « tablier hottentot » : elle avait le sexe remodelé suivant une tradition de son peuple et il était protubérant. Les premières règles des jeunes filles étaient le prétexte pour inciser les lèvres de la vulve. On les étirait vers le bas et les lestait d'un caillou. On mettait progressivement des cailloux de plus en plus lourds jusqu'à déformer complètement l'organe qui atteignait parfois 10 centimètres de long.


Les garçons n'échappaient pas non plus à ce genre de manipulation : on leur supprimait un testicule pour qu'ils ne soient pas génés dans leur course pendant la chasse, exactement comme il était de coutume de brûler le sein des amazones pour leur faciliter le tir à l'arc.


Cette particularité du « tablier hottentot » faisait délirer l'imagination des européens. Le malheur pour Sarah était qu'elle souffrait d'autres problèmes : elle était stéatopyge. Cela signifie qu'elle avait un fessier surdéveloppé malgré un buste très fin en contraste. Ses hanches étaient aussi énormes.


Heindrick l'emmena en 1810 à Londres où il l'exposa avec toutes sortes de personnes considérées par les européens de l'époque comme des erreurs de la nature : nains, frères siamois, femmes à barbe et autres contorsionnistes. Elle était habillé d'un justaucorps moulant et de la couleur de sa peau.


Bientôt des plaisanteries et des chansons paillardes furent lancées pour se moquer d'elle. Elle fut ensuite emmenée en France pour y être exhibée (entretemps elle fut baptisée en Angleterre et mariée à Dunlop, l'associé de Heindrick, mariage qui lui permettait de disposer d'elle tout en étant parfaitement illégal puisque Dunlop était déjà marié).


En France, c'est le célèbre naturaliste Georges Cuvier qui s'intéressa à elle. Ce personnage admiré depuis deux siècles par les lycéens des classes de sciences, s'occupa d'elle comme on s'occupe d'un animal exotique et ne lui épargna aucune humiliation.


Classée juste après l'Orang-Outan, Sarah savait quand même parler hollandais, anglais et français. Cuvier la loua pendant plusieurs jours pour l'examiner nue dans un amphithéatre bondé. On discourut sur son inhumanité, sa ressemblance avec la guenon et sa débilité.


Sarah avait toujours le secret espoir de retourner chez elle comme promis par Heindrick et son « mari ». Elle finit cependant par comprendre qu'elle ne reverrait jamais sa terre natale.


Au bout de quelques années, Sarah mourut de tristesse dans ce pays civilisé et froid. Elle était devenue alcoolique et morphinomane. Une pneumonie l'enleva à l'âge de 27 ans.


Son corps, vendu 5000 Fr à Cuvier, fut découpé en morceaux après en avoir fait un moulage pour une statue grandeur nature : Sarah mesurait 1m 39 pour 33 Kg. Son squelette fut débarrassé de sa chair. Son cerveau et son appareil génital furent prélevés et placés dans des bocaux.


Son squelette fut exposé au musée d'Histoire naturelle avec les têtes des gens de son peuple qu'elle avait fini par rejoindre...

Image


En 1832, 16 ans après la mort de Sarah, les français avaient déjà envahi l'Algérie depuis deux ans. L'Europe civilisait le monde.


A coups de canons, Alger fut réduite et bientôt Cavaignac, Lamoricière, Saint-Arnaud et Bugeaud allaient poser les règles de l'homme blanc.


Sur un prétexte complètement futile (le coup d'éventail donné à un escroc), la France se lança dans une vengeance incroyable: la vengeance du débiteur sur le créancier qui a eu l'arrogance de réclamer son dû. Une banale histoire d'escroquerie française symétrique de la déclaration de guerre de Bush à l'Irak deux siècles plus tard.


La colonisation allait produire ses effets dont on nous dit aujourd'hui qu'ils ont été positifs. L'escroquerie continue : on nous dit que l'algérien a été scolarisé. Que des routes, des hôpitaux et des routes ont été construits.


On nous dit aussi que la France avait une mission civilisatrice. Même Jules Ferry l'a dit. Il paraît que la France avait un devoir vis à vis des races « inférieures ».


Concernant les algériens -les arabes-, les français avaient fini par conclure qu'ils étaient réfractaires au progrès : ni les romains, ni les turcs n'ont réussi à les changer. toujours semblables à eux-mêmes, ils restent comme ils ont été depuis toujours. Des jouisseurs et des paresseux.


Pour changer tout ça, les chefs militaires français vont vraiment révolutionner la manière de faire la guerre.


On nous raconte souvent pour nous faire comprendre l'exceptionnalité du phénomène, que les juifs ont subi un désastre unique, jamais connu ni conçu par les êtres humains.


Le gazage des juifs n'est pas un procédé nouveau. La méthode a d'abord été expérimentée chez les « arabes » d'Algérie.


« Si ces gredins se retirent dans leurs cavernes, fumez-les à outrance comme des renards » lança Bugeaud à ses subordonnés chargés de mater l'Emir.


Des instructions détaillées leur furent données pour y procéder. C'était un système mis au point et minutieusement décrit par le commandement militaire.


Il ne s'agissait pas d'une simple bavure ou d'un concours de circonstances. D'autant moins que les enfumades furent exécutées plusieurs fois avec les mêmes méthodes révélatrices d'une sorte de manuel du parfait enfumeur français.


Un siècle après, Hitler, riche de ses enseignements, essaya l'application industrielle sur les juifs.


En 1844, Cavaignac, puis en 1845, Canrobert, employèrent des moyens identiques, avec une procédure bien précise, pour enfumer des arabes révoltés ou simplement coupables de ne pas avoir dénoncé ou remis l'un des leurs à l'occupant.


Ces enfumades n'ont rien à voir avec les circonstances ni avec l'urgence : c'est après des victoires faciles que cela eut lieu.


Quelques années seulement après la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen dont on nous rebat les oreilles jusqu'à aujourd'hui (comme s'il y avait de quoi être fier de propos tenus par des terroristes sanguinaires et menteurs), on considérait les arabes comme n'étant pas des hommes. On s'affranchissait allègrement de cette « Déclaration » pompeuse et ridicule au prétexte que les arabes étaient différents et héréditairement hostiles au progrès et à l'idéal humain.


L'enfumade était une TECHNIQUE appliquée consciencieusement par l'armée française, armée qui se gargarisait d'honneur et d'autres qualités complètement absentes dans son comportement et dans les faits. Il ne s'agissait pas d'accident de parcours mais de méthode.


Saint-Arnaud « Je fais hermétiquement boucher toutes les issues et je fais un vaste cimetière. La terre couvrira à jamais les cadavres de ces fanatiques. Personne n'est descendu dans les cavernes; personne...que moi ne sait qu'il y a là-dessous cinq cents brigands qui n'égorgeront plus les français » (Cité par Olivier Le Cour Grandmaison dans « Coloniser, exterminer »)


Saint-Arnaud s'oublie et ajoute en se contredisant qu'il a fait un rapport au maréchal Bugeaud, espérant bien sûr une promotion en récompense de sa bravoure face à une si grande armée de déguenillés et de pauvres gens.


On a l'honneur qu'on croit et le déshonneur criard.


Le 11 juillet 1845, c'est l'enfumade du Dahra par Pelissier. Un journal algérien, Akhbar, alerte l'opinion. A l'Assemblée Nationale, le prince de la Moskova dénonce le massacre. Le ministre de la défense prend la défense (!) de Pelissier. Bugeaud menace de démissionner si des sanctions sont prises contre son subordonné. Résultat : blanc-seing est donné à l'armée d'Afrique pour y enfumer tous les renards égarés qui s'y trouvent.


Cela annonce très bien le « drame unique » de l'Allemagne nazie. L'Europe s'était déjà entrainée.

Commentaires
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immaterielle - discrimination day IP:90.50.123.239 | 2008-09-08 18:31:51
[i] l'histoire terrible de Sehoura me renvoie à une performance très intéressante installée en 2005 au Palais de Tokyo.
"l'exposition d'un artiste au parcours atypique. D'origine péruvienne, Jota Castro a d'abord été diplomate pour l'Union européenne et les Nations unies avant de devenir artiste. Si ce parcours peut sembler curieux, il est tout à fait clair pour lui : l'art lui apparaît être le meilleur moyen de témoigner de son temps et de communiquer ses observations sur notre époque.
"Mon rôle d'artiste est devenu clair pour moi lorsque j'ai compris que l'artiste est un homme comme un autre, qui décide qu'il a des choses à dire et des choses à faire, et qu'il n'a pas de temps à perdre. Il sent que son époque à besoin d'interprètes et il se reconnaît dans le monde qui l'entoure." confie Jota Castro lors d'un entretien avec Jérôme Sans.
"Exposition Universelle 1" s'ouvrait avec une performance intitulée "Discrimination Day", dont l'objectif avoué est de dénoncer le délit de faciès. Le dispositif était simple : à l'entrée de l'exposition, deux files d'attente, l'une pour les "blancs/white", l'autre pour les "autres/others". Alors que les blancs serpentaient entre les barrières de sécurité et subissaient à l'entrée fouille et passage au détecteur de métaux, les personnes de couleurs accèdaient directement à l'exposition. En inversant les rôles, Jota Castro a souhaité mettre l'accent sur les excès récurrents de la discrimination et la montée du racisme dans notre société.
Le racisme donc, auquel il a été lui aussi confronté, mais aussi le traitement souvent tendancieux ou baclé de l'information fait par la presse, les personnes qui ont payé de leur vie leur différence, ou encore les conditions de détention inhumaines des prisonniers à Guantanamo Bay, sont les sujets abordés par l'artiste dans son exposition. Langage simple, sans détours : images choc, comme ces cordes de pendus, ou dispositifs impliquant le spectateur, avec cette cage réalisée grandeur nature dont la température réelle était recréée par un dispositif. [/i]
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Dernière mise à jour : ( 05-08-2008 )
 
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