Journalistes ou mercenaires ?

Depuis ce qu’on a appelé pompeusement « l’aventure journalistique » à propos de la création de journaux privés suite à la loi sur l’information de Mouloud Hamrouche en 1990, l’Algérien a été maintenu dans l’illusion que les journalistes qui ont quitté les organes maudits du pouvoir étaient de preux chevaliers, progressistes, animés du feu sacré du quatrième pouvoir, désintéressés, déterminés à faire éclater au grand jour les injustices, les dysfonctionnements du système et à démolir la chape de plomb qui pesait sur l’information.

Avec une bourse de l’État…

Naïvement, par un effet de généralisation abusive, tout le monde a vu là une armée de Zorro prêts à en découdre. Des gentils journalistes, un peu bizarres avec leur jargon emprunté, leurs poses qui se voulaient romantiques et leurs accoutrements à la limite du déguisement.

Les derniers événements de ce début août ont dissipé toute la brume dans laquelle se mouvaient des mercenaires travestis en journalistes.

Pour la première fois dans l’histoire de notre jeune pays indépendant, un Premier ministre s’attaque frontalement aux puissances de l’argent. Dans un pays piégé partout, parsemé de chausses-trappes et de peaux de bananes meurtrières, il faut vraiment avoir le coeur bien accroché pour s’en prendre au côté obscur de la force.

Quand Rebrab a subi les foudres du pouvoir, personne ou presque parmi les habituels discoureurs et « analystes » des media n’est venu s’inquiéter des conséquences sur l’Entreprise algérienne et sur l’économie en général. Rebrab était présenté comme l’ogre patronal aux canines pleines de sang.

Quand Abdelmadjid Tebboune a dénoncé les puissances d’argent et a proclamé la séparation de l’État et de l’argent, les mêmes media étaient bien embarrassés : la cohérence voulait que ces preux chevaliers applaudissent ou, à tout le moins, regardent ailleurs s’ils ne voulaient pas trop se mouiller.

Mais non. Ils ont choisi d’y aller en zigzag :

1. Personnaliser l’attaque. Transformer une déduction (si Tebboune parle des puissances d’argent, il vise Haddad) en fait établi.

2. Dépersonnaliser la défense de Haddad : ne pas défendre Haddad directement mais rester « au-dessus » des basses considérations personnelles en élevant le niveau : parler des conséquences sur « l’Entreprise algérienne ». Cela a plus de classe et n’alerte pas sur l’alignement servile réel. Le patron de l’UGTA, censé défendre les travailleurs, a eu moins de gène. Il a carrément pris la défense du Patron des patrons.

Cela dans un premier temps. Dans un second temps, il a fallu chercher le détail qui tue. Il s’est présenté à l’enterrement de Redha Malek.

Trois personnages censés présenter leur dernier hommage à un homme illustre, ont volontairement eu un comportement indécent : une bonne tranche de rigolade devant une tombe fraîchement ouverte pendant qu’à quelques mètres, le Premier ministre observait un recueillement dans la dignité.

Contre toute attente et toute logique, alors que la honte devait s’abattre sur ces trois individus, nos media ont « interprété » la scène comme une humiliation pour M. Tebboune. Le renversement des valeurs est à ce stade hallucinant : le comportement indigne de ces personnes doit nécessairement nuire à la personne digne.

Au lieu de condamner le voyou, nos journalistes-analystes, ont réagi « à l’envers », faisant porter la faute de l’agresseur à la victime.

En quoi était-ce une humiliation ? On ne voit pourtant que trois personnes adultes et haut placées qui se bidonnent comme des baleines. Nos journalistes ont traduit ça comme un défi, le genre que lance le truand, un argaz selon les critères de nos « aventuriers journalistiques »

Le plus surprenant est que cette scène a servi de déclencheur pour que les planqués du journalisme réagissent en choeur et quasiment de manière concertée pour en faire un indicateur : Tebboune serait mis en échec. Les titres sont même catégoriques : Tebboune sonnerait la retraite.

La machine s’est ensuite emballée pour matraquer que Tebboune devait jeter l’éponge sans jamais apporter de faits concrets, de déclarations vérifiables ou tout autre signe que le Premier ministre était en position de faiblesse.

Après l’épisode somme toute normal d’un Premier ministre qui réunit la tripartite mais interprété comme un autre reniement, nous voici avec une nouvelle mayonnaise à propos de la rencontre de Abdelmadjid Tebboune avec le Premier ministre français.

Un Premier ministre sur le sol d’un pays étranger ne passe pas inaperçu, et l’invitation par son homologue à une rencontre informelle (ou quel qu’en soit l’objet) est courante, normale, ordinaire. Imaginons l’inverse : qu’un premier ministre d’un autre pays débarque à Alger. Quoi de plus normal que notre gouvernement prenne contact avec lui ?

Mais non : nos mercenaires y voient une « déloyauté » et même une trahison.

Quand on en arrive à ces accusations, il faut être épaulé quelque part et nourri de « détails » qui crédibilisent le scénario de la trahison avec force « organisation de la présidence », protocole et autres formules destinées à gruger le lecteur.

On voit bien que de Zorro, il n’y en a pas. Nous avons de pauvres types qui remuent la queue.

Quand on a un homme honnête, courageux et qui s’attaque rapidement au mal, il est curieux de voir tant de troupes qui se prétendaient « défenseurs de la veuve et de l’orphelin », opter pour la sécurité du parapluie financier et s’en prendre de manière vicieuse à celui qui veut assainir la situation.

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