Essentialisme, universalisme et désir de citoyenneté : à partir de K. Daoud

safybenaissaji

Par Safy Benaissa, cadre supérieur à la retraite

 

Alléchant titre de Chérifa Bouatta. Il a aiguisé notre curiosité, on s’est précipité pour la nourrir, et satisfaire notre désir d’étancher notre soif de connaissances.
A la fin de la lecture « Kamel n’a écrit qu’une chronique », la déception a été à la mesure que ce titre avait suscitée.
Cette contribution qui se voulait un plaidoyer de K. Daoud est confuse, contradictoire, équivoque et partiale.
Quand on prend le parti de soutenir quelqu’un, il faut s’« armer » de solides arguments pour les étayer, et non par des idées subjectives qui conduisent à des « oui, mais… » où se mêlent approbation et objection.
Faisons une relecture en allant à l’essentiel.

Dès l’abord l’auteur de la contribution « s’extasie » à la lecture du livre de K. Daoud « Meursault Contre-enquête » qui donne vie à l’arabe de Camus: « il l’humanise », mais dit-elle « il est loin d’être flamboyant, ce n’est qu’un héros positif, il est dépressif, inhibé, etc… Voilà le portrait de l’arabe qu’en fait l’auteur du livre (ce n’est qu’un extrait), un arabe désincarné, ça suffit à Mme Bouatta pour positiver son livre.
Nous suggérons aux lecteurs qui s’y intéressent de lire par eux-mêmes ce livre : c’est toute la société algérienne qui est stigmatisée tout en positivant la colonisation (l’œuvre du général Letang, la décrépitude d’Oran ect…)

Notre contributrice apprécie les chroniques de son « protégé » particulièrement sa liberté de ton (!?). En quoi se distingue-t-il des journaux dits « indépendants » ? C’est à qui mieux mieux de proférer des diatribes. Quelle est la valeur ajoutée à la culture et/ou à la moralisation de la vie publique ?

Ou encore, nous dit-elle, sa belle plume. Soit. Mais en quoi cette dernière absoudrait-elle le fond ? L’opinion doit être éclairée et non être informée de l’état d’âme d’un plumitif.
« Un discours critique sur le religieux au moment où la norme religieuse devient de plus en plus pesante » (celui de K. Daoud) soutient-elle. En affirmant son point de vue pour cette phrase, elle veut faire croire que le chroniqueur produit du sens par une critique intellectuelle de la norme religieuse. Or ce qu’écrit ce monsieur est aux antipodes d’une création intellectuelle.

Tous ses écrits, y compris son livre, se focalisent sur les pratiques religieuses de la société algérienne, en les stigmatisant sans rémissions. Nous la défions de reproduire un seul de ses articles qui débattrait des prescriptions religieuses. Dans le même ordre d’idées, soutenir qu’il y aurait une norme religieuse, c’est méconnaître les fondements de la pratique musulmane desquels se nourrissent plusieurs écoles juridiques auxquels se réfèrent les oulémas, eux-mêmes de plus en plus enclins pendant ces dernières années, à une herméneutique du coran et de la tradition du prophète. L’église a ses canons et son clergé. Pas l’Islam.
Cette dame continue, pour plaider la cause du chroniqueur, se la faisant sienne, par dresser un réquisitoire contre la société algérienne dans toute sa diversité, amalgamant la majorité de paisibles musulmans et certains islamistes de la tendance « Frères musulmans » avec une petite minorité de wahabites, d’ailleurs non visibles ou ne s’affichant pas en tant que tels, fantasmant sur des rapports homme/femme à l’occidentale, critiquant l’incivisme de tous les citoyens ( !?) en poussant le cynisme jusqu’à regretter le passé (colonial), et pour clore, l’on subit l’interdit politique de penser tout court ! Ne craignant pas le ridicule de cette assertion puisqu’il a écrit, ils ont écrit et « elle » écrit.

Elle a déversé tout son ressentiment sur cette société, qu’elle dit sienne, que n’oserait le faire un essentialiste : philosophie qu’elle récuse par ailleurs, contradiction dans laquelle elle s’enferme.


L’essentialisme
En écrivant sur l’essentialisme, elle prend à rebours toutes ses affirmations précédentes :
« Mettre tous les musulmans dans le même couffin » ? « Les musulmans appartiennent à des cultures différentes » ! « L’islam se pratique et se vit différemment » « Déni de pluralité ? »
Mais sentant « son piège » se refermer sur elle, elle « reconvoque » le discours sur les rapports homme/femme en Algérie – Citant K. Daoud elle remet au « goût du jour » le diktat et la boucherie des djihadistes – (rappelons aux mémoires courtes que c’est la majorité des algériens qui les subissaient) pour sa plaidoirie.
Le fin du fin, c’est quand elle tend de se ressaisir en écrivant « K. Daoud essentialise, j’essentialise moi aussi ! Mais nous parlons d’une chronique, non d’études empiriques, d’analyse sociologique, anthropologiques donnant sens aux comportements des uns et des autres ». Ce n’est ni plus ni moins qu’une tentative d’apaiser et de moduler le débat et l’indignation soulevés par les stigmatisations de la société algérienne et la communauté musulmane en général.

Tous ses écrits -y compris son livre et ceux qu’on qualifie de chroniques- flétrissent notre société et les musulmans (tous les musulmans). Il ne traite pas un domaine de l’actualité en recueillant des faits comme le ferait un chroniqueur. Il dévalorise les pratiques religieuses de sa société.
Par contre si les écrits de K. Daoud étaient les fruits d’un travail de recherche sociologique ou anthropologique, le travail d’un scientifique, ils se seraient imposés par leurs arguments rationnels.


Alors de grâce, ne faisons pas d’amalgame !
Et justement c’est ce travail sur l’histoire culturelle de la société algérienne que nous éclairerait sur les contorsions et les convulsions qu’elle traverse.

Notre modèle culturelle est déterminé par notre histoire, par nos référents culturels qui en grande partie sont tirés de la culture musulmane dans laquelle nous baignons depuis le VII siècle suivi d’une période de stagnation de quatre (4) siècles XV début XIX siècle, et celle de régression et d’acculturation de 130 ans de colonisation française pendant laquelle nous avons été rabaissés à la condition d’ « indigènes », discriminés par un code de l’indigénat répressif et vivant en marge de la population européenne -il est extrêmement vital de nous remémorer cette période de notre histoire contemporaine pour mesurer la profondeur des ténèbres dans laquelle la majorité de notre population était plongée pendant l’occupation française et non s’accrocher à quelques acquis modernes dont aurait bénéficié une fraction minoritaire d’algériens pour servir cette colonisation-.

Les vrais acquis sont ceux que le nouvel Etat nation s’emploie et peine depuis l’indépendance à cumuler au profit de cette société algérienne en reconstruction dans toutes ses composantes. On réapprend. Ce n’est pas parce que l’un d’entre nous, de par son milieux familial de circonstances favorables et par son travail personnel a pu avoir accès à la culture française, ou occidentale – grâce aux conditions matériels et immatériels que l’Etat algérien a favorisé – aspire à la dupliquer dans sa société.

L’originalité, dont feraient preuve les élites ou les intellectuels c’est de contribuer à l’évolution et l’émancipation de la société en s’inspirant de la configuration de son savoir. Etre algérien c’est assumer son histoire et de participer à la construction de son pays, et non pas s’installer dans le confort de son pupitre pour diffamer et blâmer les uns et les autres, sans avoir éprouvé la dure réalité du terrain.
Il faut avoir à l’esprit que l’Europe a mis des siècles pour se développer-la singer c’est être dans la condition du singe-


La parenthèse des intellectuels français
Quant à l’accusation gratuite à l’encontre des intellectuels français qui ont réagi à l’essentialisme de M. K. Daoud elle participe à une tentative de disculper ce dernier d’avoir été pris à partie par une intelligentia qui par leur silence aurait encouragé l’essentialisme d’un Eric Zemmour et d’un Finkelkraut. On ne sait pas si cette dame n’a pas suivi l’actualité concernant ces tristement célèbres personnes, ou fait un tri sélectif. Particulièrement celui de Finkelkraut qui écume les plateaux de télévision où il est souvent stipendié par les intellectuels également invités ; il est décrié par les médias de gauche, et tout récemment il a été « dégagé » de la place publique occupé par le collectif « Nuit debout » où il s’est hasardé pour porter sa « contradiction » sous les projecteurs des caméras. Et comme d’habitude une chaine lui a permis ce « demi de débat démocratique ». C’est devenu une banalité de dénoncer la xénophobie et l’essentialisme de ces deux individus, par les intellectuels français et autres élites, d’autant que périodiquement ils font la « une » des journaux (divers journaux).

Mr Finkelkraut connu par ses positions antimusulmanes, pro-israélien notoire donc anti-palestinien, a soutenu et loué le livre de K. Daoud et a considéré la peinture de notre société comme réel et pertinente, et a été ravi de sa chronique contre la cause palestinienne qui serai d’essence islamiste.
Mr Finkelkraut a récupéré K. Daoud à l’instar de certains médias et éditeurs islamophobes.

Quand on soutient aimer son pays, on doit l’aimer dans sa profondeur humaine, par l’héritage de ses ancêtres, par sa densité culturelle, toute sa culture, de l’art de cuisiner à l’art de s’habiller en passant par l’art musical et les danses folkloriques qu’il anime, en d’autres termes, comme le dit un de nos dictons : « celui qui m’aime doit m’aimer avec ma morve » La survenance d’événements conjoncturels qui peuvent traverser toute société, doivent être combattus et rejetés comme un corps étranger. C’est ce combat qui raffermira sa santé et la revigorera.
Il faut soutenir les siens et non les jeter en pâture.


Livre des comptes
Dans cette partie, par dégression, elle nous peint un tableau des plus sombres des massacres commis aussi bien en occident qu’au Moyen-Orient au nom de l’islam, nous dit-elle :
– Elle s’apitoie sur le sort des Palestiniens devant l’indifférence de l’occident -alors que sans mentor réduit leur problème à une cause religieuse (l’islam)-.
– Du droit d’ingérence que s’octroie l’occident pour s’impliquer dans des conflits internes au nom de la civilisation – « il a raison mais » dit-elle – dans les états arabes en conflit actuellement.
– Les fiascos qui en ont découlés en Afghanistan, Irak, Lybie, Syrie.
– Ce faisant elle réduit tous les problèmes des pays arabes au phénomène islamiste, en gratifiant l’occident pour son genre de vie ses manières de vivre ses valeurs : elle en est grisée décidemment je lui recommande d’y aller se « réfugier ».


Quel est l’intérêt de cette partie dans le cas de K. Daoud dans son conflit avec sa société ? Aucun. Par contre c’est un procès en règle contre l’idéologie musulmane sous la couverture de l’islamisme politique.
A contrario de tout ce qu’elle tente de faire croire, les problèmes auxquels font face les pays arabes, y compris la Tunisie et l’Egypte -qu’elles passent sous silence – sont complexes dont les plus visibles sont géoéconomiques et stratégiques. La politique du grand Moyen-Orient, l’accès aux ressources énergétiques, les conséquences de la guerre froide (Afghanistan), la proximité des pays maghrébins avec l’occident (nations avancées, et de forte potentialité de consommation) conjuguée aux séquelles de la colonisation, ont constitué constituent des enjeux stratégiques et économique pour les puissances occidentales qui se partagent des zones d’influence et de pénétration.
Sans leurs concours l’islamisme politique n’aurait pas franchi les frontières du ou des pays qui l’ont vu naître. Réfléchissons comment, à partir du pays où elle a pris « pied » -l’Afghanistan- pour chasser les « communistes » Russe s’est-il propagé ? Ben Laden est son organisation El Qaïda sont-ils une création « ex nihilo » ?
Ne soyons pas dupes jusqu’à l’abêtissement


Droits des citoyens
Une litanie de droits pour les uns et les autres – citoyens fragiles du monde ! – sont invoqués parce que foulés au pied par le néolibéralisme – tiens tiens elle y revient, « mais oui » – . Seulement ceci nous éloigne encore une fois et brouille la thématique de K. Daoud.
Néanmoins, elle rebondit sur la femme algérienne et le féminisme.
Le féminisme est un concept occidental développé par les femmes occidentales depuis le XVII siècle pour s’engager dans les luttes de l’égalité des droits – mouvement des suffragettes -, qui aboutit au militantisme des amis 1970 pour la revendication de la libre disposition de leurs corps et l’abolition de toute forme de discrimination.
C’est dire que le développement de ce mouvement a mis plus de deux siècles pour s’enraciner et conscientiser la société occidentale sans pour autant s’affirmer malgré certaines conquêtes.

De plus, dans une ambiance culturelle qui lui est particulière, encore une fois par sa propre histoire et ses valeurs culturelles et cultuelles.
Rappelons que cette société a connu, déjà, aux XVII siècle le libertinage -manière de vivre dissolue-, la dépravation des mœurs au XVII siècle. le relâchement des mœurs a continué depuis jusqu’à la banalisation.

Cette appétence de la vie sexuelle est la conséquence d’un train de vie dispendieux d’une société riche, oisive – « l’oisiveté et l’ennui deux vilaines bêtes » écrit Mme de Sevigne au XVII siècle – luxuriante, à la recherche de luxure pour échapper ou transcender la destinée humaine. C’est ce,vers quoi pourrait s’acheminer ce féminisme.
Mais cette tendance qui a connu et connait une certaine liberté, accuse ses limites par un retour à une sobriété sexuelle, manifestée par un mouvement de jeunes européennes qui n’envisagent les rapports sexuels qu’après le mariage, voulant ainsi renouer avec les cérémonies nuptiales et le charme que ce cérémonial dégage.

Revendiquer ce modèle ou le répliquer, surtout dans sa tendance libertine, c’est « appliquer un cautère sur une jambe de bois », La communauté algérienne a sa propre histoire culturelle, ses propres mœurs et ses valeurs ancestrales puisées, en grande partie dans la tradition musulmane. Cette génération de féministes, à laquelle elle s’identifie, que représente-t-elle dans la population féminine ? dans sa quête d’assimilation à une forme d’identité occidentale espère-t-elle imposer ce modèle de vie à la majorité des femmes algériennes attachées à leur culture héritée de plusieurs générations de femmes qui ont cumulé un savoir-vivre, de coutumes et de pratiques matriarcales dans lesquelles le rôle de la femme, particulièrement la mère, est déterminant dans la cellule familiale et souvent le cercle élargi de la famille.

Ce rappel est fait pour rafraîchir la mémoire de celles qui sont attirées par le chant de sirènes de l’outre-mer.

Par ailleurs, affirmer ou insinuer que la femme algérienne subit l’idéologie wahabite, autorisée ou tolérée par l’Etat, c’est répandre l’« intox ». Le wahabisme s’est infiltré par des « nervis », propagateurs formés et financés par les saoudiens pour leur hégémonie sur la communauté musulmane -y compris celle installée en Europe-.

Souvent leur dessin participe à celui des puissances dont l’objectif diabolique est l’affaiblissement et la domination économique de tous les états arabes et musulmans – ce n’est pas une vue de l’esprit !-. Pour peu qu’on observe la carte géopolitique, il est aisé d’observer que les conflits actuels sont localisés dans ces pays sous le fallacieux prétexte de non-respect des droits de l’homme, mais un soubassement religieux, qui a traversé et qui traverse tous les soulèvements, et qu’on a pompeusement qualifié de « Printemps arabe ».

La société algérienne a subi dans sa chair, pendant la décennie noire, cette vision obscurantiste de l’islam rejeté par la majorité du peuple algérien, en consacrant la réconciliation nationale. Cette politique a consacré non la victoire d’une majorité contre une minorité -au-delà des chiffres-, ou une hypothétique impunité dont aurait bénéficié les islamistes, mais la victoire d’un islam expurgé de ses excroissances, de ces apports contingents, l’islam tel que pratiqué par les algériens. C’est le retour aux sources de nos pratiques dans leur mouvement évolutif avec celle de la communauté qui les porte.


De la violence contre les femmes ou violence humaine
Ce phénomène doit être appréhendé, comme une réaction de réparation d’une forme d’injustice qu’aurait subie l’auteur de cette violence – attention ! La violence est à bannir sous toutes ses formes, qu’on ne se méprenne pas sur ces propos -, pas exclusivement contre la femme, mais contre toute personne qui aurait attenté à son intégrité physique ou morale ou sa dignité.


Mais la violence contre la femme est plus médiatisée parce que considérée comme être plus fragile physiquement, mais d’un « comportement plus marqué », d’une part, d’autre part que la religion l’aurait minoré – affirmation suspecte au regard de la considération qu’a la mère dans l’islam -.
Donc sa fragilité contrasterait avec la virilité de l’homme. Ce constat se vérifie dans toutes les sociétés et a inspiré le machisme. Idéologie toujours en vogue en occident, contre laquelle le féminisme s’est formé et se bat. Pour concitoyens qui doutent, citons l’exemple d’un député dans l’antre de l’Assemblée nationale française – la plus haute représentation – en pleine séance et à l’entame d’une allocution d’une députée « caquette » pour la perturber. Elle s’interrompt et lance à l’assistance « dites, je ne suis pas une poule ! » devant la caméra de la chaîne L.C.P.

Le machisme n’est pas une particularité algérienne, les violences aux femmes font souvent l’actualité des médias français, sous une forme ou sous une autre.

L’alibi de la religion pour s’inféoder la femme est un pervertissement des préceptes de l’islam par les littéralistes auxquels sont rattachés les fondamentalistes dont le wahabisme.


Cet éclairage était nécessaire
1. Pour ne pas prendre de raccourcis et rappeler que les causes de la violence sont complexes et peuvent être provoqués autant par l’agresseur que l’agressé, qui en devient la victime ; le nier c’est blanchir le provocateur et culpabiliser le provoqué qui se sentira à son tour victime et donc criera à l’injustice. La prudence serait d’aider la justice à rendre justice.
2. La société algérienne dans sa majorité pratique l’islam sunnite de nos ancêtres qui n’a jamais prôné la violence contre la femme. Elle avait généralement un rôle de maîtresse de maison ou pour les grincheux de femme au foyer.
Mais dès l’indépendance et après son accès à l’école de la République, la femme algérienne a réalisé un bond prodigieux vers son émancipation ; aujourd’hui sa place est indispensable au fonctionnement de toutes les institutions. La substitution de son rôle dans la société est seulement impensable.
Elle est présente dans tous les rouages de l’Etat ; on peut toujours ergoter que sa présence est minoritaire, sans évaluer le chemin parcouru depuis peu – 50 ans dans la vie d’une nation…-, que de tabous tombés en si peu de temps ; aujourd’hui l’Algérie dénombre autant de filles à l’école et l’université que les garçons, si ce n’est plus. Inexorablement la parité sera au rendez-vous plus vite qu’on ne l’envisage.
C’est vouloir nier cette réalité que de soutenir et tenter de faire croire que l’Algérie aurait régressé.


De la société occidentale
Dans un méli-mélo « de moi je t’aime, moi non plus », elle nous décrit l’occident comme un univers de grande liberté, où, tantôt les droits des travailleurs sont bafoués (loi du travail), les couches populaires lésées par le système financier (subprimes), les citoyens de la Grèce « à genoux » victimes de la politique européenne (troïka), le néolibéralisme ruine ceux qui n’offrent que leurs bras dans ce système économique tout en les ghettoïsant, contrastant avec les droits que la constitution leur reconnaît ; tantôt les droits humains, de culte, d’expression, l’égalité des genres, l’émancipation de la femme sont consacrés comme droits universels.

Cet universalisme elle le revendique pour toutes les sociétés.
Puisque nous sommes tous des humains, nous devons bénéficier des droits universels, particulièrement les lois civiles pour le droit de la famille et non celles inspirées par la charia, en tant que féministe.
Pour une autre pirouette, elle demande aux musulmans de s’adonner à l’ijtihad (à l’instar des anciens) pour communier avec les autres croyances – même fois, même spiritualité – pour en finir avec l’idéologie wahabite comme cette dernière les régénérait – il faut préciser que l’ijtihad consiste à interpréter le texte coranique dans le nouveau contexte dans lequel il sera appliqué et non de communier, la communion d’idées n’est pas son objet -.
« L’universalisme n’existe que dans l’esprit de ceux qui veulent assujettir, l’humanité, et leurs domination ».

Le droit ou les droits des peuples sont les produits de rapports de force socio-économique de chaque société. L’exemple de l’union européenne nous le rappelle. Les désaccords récurrents entre les gouvernements des pays qui le constituent et que répercute le désarroi des différents secteurs économiques, qui voient leur part de marché se réduire, soit par dumping commercial des pays concurrent, soit par protectionnisme – surtout mesures non tarifaires – avec comme conséquence, fermetures d’usines, délocalisation au détriment des laissés-pour-compte (les travailleurs). Les causes premières sont les divergences d’intérêts qui sont réglées par les rapports de force.

Le droit ou les droits de la personne évoluent avec les rapports de forces sociales. Le droit voient sanctionner, légitimer des rapports consensuels qui peuvent évoluer, et le droit avec.
Si on observe le cours de l’histoire des civilisations, nous constatons que chacune d’entre elles a dominé une partie du monde en imposant ses lois.
Chaque civilisation a atteint un stade de développement et a imposé son suprématie, Son hégémonie sur toutes les régions qu’elle dominait, rendant et consacrant ses lois comme universelles.
Pour ce qui concerne le monde méditerranéen et le Moyen-Orient, trois civilisations se sont succédées et toutes ont périclité : les civilisations, grecque, romaine, et arabo-musulmane.

La civilisation occidentale s’est construite sur leur héritage. Même si cette dernières ne disparaîtra pas. Elle évoluera par le dynamisme et les contradictions qui minent les sociétés qui la composent et de celles qu’elles exacerbent (qui tournent dans son orbite).
La vérité d’aujourd’hui sera la vérité d’hier. Ou pour reprendre Med Arkoun (référence également pour Mme Bouatta) « Il y a une vérité, mais la vérité a besoin d’une instance de légitimation » dans son livre : la construction humaine de l’Islam.

Par ailleurs il est évident que l’occident a généré des hommes et des femmes pleins de bonté et de générosité, d’amour pour l’autre, que des siècles de lutte ont forgés et qui se battent encore pour leurs droits dans un cadre culturel qui est le « leur » – pas le notre -.

Nous terminions cette contribution par la parallèle que fait Mme Bouatta entre les caricatures sur notre prophète et la « chronique » de K. Daoud.
Avec une légèreté déconcertante, elle banalise ces caricatures sur le « prophète » et la chronique. Sur la chronique, mais pas que -« elle zappe son livre » -, nous nous sommes assez étalés plus haut.
Quant aux caricatures elle écrit « ce ne sont que des caricatures » en fait qu’est-ce qu’une caricature ? : « Représentation infidèle d’une réalité » « description comique ou satirique d’une personne, d’une société », définition donnée par le dictionnaire Larousse.

La caricature qui nous interpelle est celle, non de personne quelconque ou publique, mais celle d’un prophète de la religion musulmane, celle qui met en communion plus d’un milliard de fidèles.
C’est par conséquent toute une communauté avec leur prophète sont tournés en ridicules.
Ces caricatures qui, non seulement donnent une image comique et satirique du prophète mais flanqué dans le turban, d’une « bombe ».

Qu’elle interprétation, explication ou commentaire pourrait faire n’importe quel individu si ce n’est la représentation d’un terroriste, d’un kamikaze. Quel est le croyant pratiquant qui ne se sentirait pas humilié stigmatisé, touché dans sa dignité ?
Et on ose nous dire que ce n’est que des caricatures nés de l’inspiration d’artistes au nom de la liberté d’expression d’extension sélective, avec l’onction de cet occident civilisé donneur de leçons. eh oui !

La réalité de ces illustrations est d’avoir fait alliance avec la campagne médiatico-politique anti-musulmane pour conditionner et mobiliser l’opinion publique en faveur de l’hégémonie occidentale sur les pays musulmans et leur asservissement.

Il ne faut pas être niais, ces caricaturistes ne sont ni naïfs ni des producteurs de l’art pour l’art ; la production de ces caricatures est délibérée, elle est en phase avec les intérêts de la politique occidentale.
Ne soyons pas complexés !


PS : Nous aspirons à la modernité mais non à l’occidentalité. Nous sommes pour le progrès, l’évolution des mœurs, de nos mœurs et non à singer les mœurs occidentales. Oui pour les nouvelles techniques, qui favorisent l’évolution de nos perceptions de la nature et de son impact sur les rapports sociaux en devenir dans notre société et la formation cumulative de notre conscience individuelle et collective, par leurs apports successifs. Transplanter une culture de son terrain culturel, dans un terrain culturel différent, donc inadapté, dépérira ou sera phagocyté !

Source: Le Jeune Indépendant, http://www.jeune-independant.net/Essentialisme-universalisme-et.html

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