Gaulois

« Si les Racines sont bonnes, le fruit sera bon ! »

Le panneau gigantesque est visible à dix kilomètres au moins. En bleu sur fond blanc et encadré de rouge, il est d’une grande beauté.

Je me sens plus fort, plus heureux et plus fier à la seule vue du Panneau ! Ma femme a beau dire, il est bien fait. Si on l’écoutait, on mettrait des petits dessins dans les coins, sur les bords et entre les caractères ! Même les petits trouvent ses idées ridicules. Ah ! les femmes !

Dans mon comté -366 âmes, non compris le dernier âne de la création-, je veille à l’ordre et au maintien du calme. Mon frère Blaise, le loup comme on aime à lui rappeler, m’accompagne souvent dans mes patrouilles sur la frontière.

Nous sommes vigilants : les hordes guettent. A la moindre occasion, ces gens risquent de nous envahir. Nous veillons. Nous sommes toujours prêts. Nous sommes déterminés.

« Si les racines sont bonnes, le fruit sera bon ! »…comme c’est vrai !

Il suffit de voir ces têtes blondes ou brunes mais au visage parfaitement clair, ces joues roses de nos enfants et nos femmes si belles et si vigoureuses pour comprendre la portée de ce message.

Ce matin, le chef de district m’a chargé de rassembler des hommes pour aller réparer une brèche dans la première muraille. Elle est épaisse de cinq mètres mais vieille de six-cents ans…Les défauts commencent à apparaître. Des pierres tombent au pied du mur.

L’usure du temps, je pense. Il faut quand même vérifier un jour la deuxième muraille. On ne sait jamais, elle est peut-être encore plus mal en point.

Personnellement, je n’ai aucune haine envers les hordes. Je ne pourrais jamais faire de mal à personne, migrant ou pas, mais notre espace vital est trop précieux et nos racines doivent être préservées.

Je ne suis pas comme Blaise. Mon frère est véritablement dévoué corps et âme à la pureté du sang. Quand il a voulu se marier, il a vraiment vexé sa future femme en l’obligeant à produire sa « liste ». On n’a pas idée ! comment peut-on exiger cela d’un habitant de la Gaule ? Ne sommes-nous pas tous gaulois par définition ? Ne sommes-nous pas tous gaulois depuis…je ne sais plus quand tellement c’est loin ?

En tous cas, depuis bien avant la muraille. Le monde extérieur a subi trop de « mixage » comme nous a expliqué Tritogenos (oui, un drôle de prénom, même pour un gaulois mais il paraît que c’est le troisième d’une longue fratrie) : « dehors » il n’y a plus que des migrants. En résumé.

J’en déduis que nous sommes le seul pays pur au monde. Attention : je ne dis pas que les migrants sont inférieurs ! entendons-nous bien ! ils sont différents. Nous sommes différents. Pourquoi perdrions-nous cette différence ?

D’ailleurs, cette pureté, nous l’avons préservée de haute lutte : il y a longtemps, nos chefs ont décidé de réunir les meilleurs enfants de la race et tous ceux qui voulaient garder leur spécificité. Ils ont fondé la Nouvelle-Gaule.

Voyez nos écoles, nos églises, nos jardins ! tout est propre, tout est beau.

Pour cela, il a fallu bâtir une grande muraille. La plus grande dans l’histoire de l’humanité. C’est Blaise qui me l’a expliqué. Blaise est très fort.

Au nord, le fleuve est une frontière infranchissable mais au sud, la muraille s’est avérée nécessaire.

On est donc allés voir la muraille et là, moi je vous le dis, c’était une catastrophe ! Un trou béant. Les pierres s’étaient écroulées et un grand V ouvert faisait découvrir l’au delà du mur. Depuis le temps que je me demandais ce qu’il y avait derrière !

Rien : une terre nue, sans végétation, sur une centaine de mètres, puis la seconde muraille se dressait, plus ou moins intacte.

Nous avons hésité. Blaise n’était pas à l’aise. Moi non plus.

Mais nous y sommes allés ! qu’est-ce que vous croyez ? la curiosité est la plus forte. On ne peut pas résister à cet appel de l’inconnu.

Comme tous les gaulois, je n’ai jamais rien vu d’autre que la Gaule. Enfin, quand je dis « tous les gaulois » et « jamais », je veux dire depuis six cents ans. Avant, c’est le grand oubli.

Nous avons parcouru ces cent mètres dans une inquiétude totale. Au dessus de la deuxième muraille se découpait un ciel inconnu. Rien ne dépassait : pas un arbre, pas une montagne.

Dans le vaste couloir, une terre nue et des cailloux. Pas un bruit. Pas un oiseau. Pas un insecte. Rien.

Blaise ne crânait pas. Il avait les yeux grand ouverts et la tête en perpétuel mouvement.

Moi aussi je guettais le moindre bruit et mes yeux cherchaient la moindre apparition.

Mais il n’y avait rien.

On a finalement atteint la seconde muraille : elle avait l’air différente de la première. Elle était faite de blocs taillés très proprement et tous de couleur grise. On s’est approchés et on a inspecté une bonne portion du mur. Environ cinquante mètres de long.

« Pourquoi ce mur est-il différent du premier ? » demanda Blaise tout à coup.

J’étais en train de me poser la même question : « Continuons, on va bien voir si c’est la même chose partout » lui ai-je répondu.

En réalité, c’était pour masquer mon ignorance et essayer de prendre les commandes. Pour la première fois, Blaise n’avait pas de réponse.

-Tu n’as pas envie de savoir ? Lui demandai-je en lui montrant le ciel par-dessus le mur

Blaise me regarda d’un oeil énervé : « Savoir quoi ? »

-Ce qu’il y a derrière.

Mon frère avait l’air d’hésiter : « Bien sûr que si mais tu connais la règle : pas de contact ! »

-Mais qui te parle de contact ? Je veux juste voir. Voir ce qu’il y a de l’autre côté, comment ils vivent, à quoi ils ressemblent, s’il y a des villes…

Blaise réfléchissait. Il avait son air pensif, comme quand il cherche une bonne réplique définitive à envoyer. Mais là, non: il restait silencieux.

Je me suis donc retourné pour reprendre mon chemin et à ce moment-là je compris pourquoi Blaise ne bougeait plus : une chose brillante nous observait par-dessus le deuxième mur !

C’était une sorte de tige métallique surmontée d’une assez grosse boule avec un point noir au milieu. Si je dis qu’elle nous observait c’est parce que le petit point noir n’arrêtait pas de bouger en suivant mes mouvements.

C’était une minuscule ouverture sombre qui bougeait dans la masse et non la boule métallique elle-même. C’était très étrange.

J’étais pétrifié. Mes pensées tournaient à toute vitesse : et si c’était un piège ? Un appareil qui garde le mur, armé jusqu’aux dents ? Ou qui donnerait l’alerte à je ne sais quels étrangers ? Que fallait-il faire ? Fuir ? Lancer des pierres à l’objet pour le détruire ?

J’entendis Blaise bouger rapidement derrière moi : « Viens contre le mur ! »

-Il nous a déjà repérés !

-Mets-toi quand même à l’abri ! On ne sait pas ce qu’il va faire !

C’était logique. Je me suis donc collé au mur à toute vitesse.

J’ai regardé Blaise et j’ai vu sa peur. J’avais aussi peur que lui : tomber nez à nez avec un objet aussi bizarre dans la zone frontière avait de quoi nous inquiéter.

C’est vrai : notre technologie est assez avancée mais nous n’avons jamais construit ce genre d’automate. Compte tenu de nos moyens, nous avons perfectionné ce qui existait déjà : les moyens de communications, les véhicules électriques, les appareils ménagers et tout ce qui nous permettait de vivre en autarcie. Nous n’avons pas jugé bon de faire surveiller la frontière par des machines : leur entretien et leur nombre auraient mobilisé toute la Gaule. On ne s’isole pas pour consacrer son énergie à s’isoler mais justement à évoluer en harmonie avec nos principes et dans la fidélité aux préceptes des fondateurs.

Surveiller la frontière doit rester une tâche humaine : l’exercice cultive le sentiment d’appartenance et apprend mieux que n’importe quel livre de géographie l’étendue et les limites de notre patrie.

Aujourd’hui, Blaise et moi sommes abasourdis par notre découverte : ce sont les gens du « dehors » qui surveillent les frontières !

-Ils doivent chercher des failles dans la muraille, murmura Blaise, ils ont peut-être provoqué le trou dans le premier mur

-Mais il n’y a aucune trace de leur présence entre les deux ! Et le second mur est intact ! Répondis-je un peu agacé

Mais Blaise restait sur son idée : « C’est un robot et il peut tirer à distance. Ne sois pas bête !

Je n’étais pas convaincu. A leur place, j’aurais été discret : abîmer le premier mur -le mur intérieur- attirerait automatiquement l’attention des surveillants. Le mieux et le plus efficace est de percer le mur extérieur en toute tranquillité, faire passer le plus de monde puis entamer le mur intérieur. Le temps qu’on réagisse, ils seraient déjà en Gaule…

Non, ça ne tenait pas debout : « Non, Blaise : il n’y a aucune trace de tir et c’est complètement inefficace. A quoi bon commencer par ce mur-là si ça ameute tous les surveillants du secteur ?

-Il y a peut-être une ouverture plus importante dans le second mur plus loin ?

Blaise marquait un point: « Il ne nous reste plus qu’à le vérifier. L’ouverture ne devrait pas être très loin dans ce cas…

Je regardais Blaise. Des yeux, il m’indiqua la boule : « Il faut rester à couvert. Cet appareil ne doit pas nous voir.

Collés au mur, nous avons commencé à progresser rapidement mais silencieusement. La boule métallique ne se manifesta pas. On ne la voyait pas et on ne l’entendait pas.

Au bout d’une centaine de mètres de marche prudente, Blaise s’arrêta.

« On ne voit rien, lui dis-je, pas un trou.

Mon frère respirait bruyamment. Il avait l’air affolé. Il se retourna et regarda dans la direction opposée : « Nous nous sommes trop éloignés !

C’était vrai et la désolation du couloir ajoutait un peu de pessimisme à notre position : si la machine était dangereuse, elle pouvait nous couper toute retraite.

« On rentre ! Lui dis-je, inutile de prendre des risques : on ramènera d’autres surveillants avec nous pour inspecter le secteur. D’ailleurs, avant de faire quoi que ce soit nous devons signaler la présence de cette chose !

Blaise était d’accord : « Très bien : on repart mais cette fois-ci pas question de ramper en position debout. On y va à toute vitesse !

Sur ces mots, je me détachai du mur pour m’élancer quand une voix d’homme, grave et déterminée, nous interpella par-dessus le mur:

– Veuillez vous diriger vers la rampe d’accès à gauche ! si vous ne l’empruntez pas dans les trois minutes qui suivent, elle se refermera définitivement ! Cet appel est votre dernière chance !

Nous étions pétrifiés : Blaise avait la bouche grande ouverte d’étonnement. Je devais avoir l’air aussi ahuri que lui.

Pendant quelques secondes, nous cherchâmes des yeux l’origine de la voix. C’était certainement l’automate au-dessus de nous ou un quelconque appareil intégré dans le mur qui relayait l’appel.

« C’est un enregistrement.. » souffla Blaise.

J’étais d’accord : la voix était trop sûre d’elle, sans aucune hésitation, préparée.

Mais on perdait du temps : trois minutes passent vite et il fallait décider de ce qu’il fallait faire. Faire la sourde oreille et ne pas tomber dans un piège éventuel ou céder à la curiosité et ne pas manquer l’occasion de savoir ?

-On y va ! criai-je à Blaise

Mon frère bondit sur le chemin du retour : je l’attrapai par le bras : « Non ! on y va ! on va voir ce que c’est !

-Tu es devenu complètement fou ? me hurla Blaise, c’est un piège !

-Mais quel piège ? on est carrément à leur merci. S’ils avaient voulu nous faire quoi que ce soit, ce serait fait depuis un moment déjà. Il ne nous reste pas beaucoup de temps : allons à cette rampe d’accès ! voyons au moins ce que  c’est !

Blaise était paralysé. Il balbutia : « Vas-y tout seul…je rentre »

Il ne bougeait pourtant pas. La peur bloquait ses jambes.

Je lui mis la main sur l’épaule : « Attends-moi ici. Je reviens tout de suite »

Et je courus dans le corridor poussiéreux, cherchant cette « rampe d’accès » dont avait parlé la voix.

Elle était cachée par la courbe du mur : une rampe en pente douce qui menait vers une ouverture carrée dans la seconde muraille. Il devait rester deux minutes au plus.

En deux enjambées, j’étais face à la porte. C’était un trou sombre et profond. Je grimpai rapidement pour me tenir dans l’embrasure: j’essayai de distinguer quelque chose dans l’obscurité. Un air frais en sortait.

-Avancez, s’il vous plaît !

Je sursautai si fort que les muscles de mes jambes me firent atrocement mal. La voix avait résonné du fond du couloir sombre comme si un géant se tenait tapi dans le noir.

-Avancez ! le mécanisme de la porte se déclenchera dans quelque secondes et vous écrasera si vous restez là.

Quoi ? je devais entrer et me laisser enfermer ? Mais je n’avais pas le choix : si je voulais savoir, il fallait y aller.

J’avançai donc d’un pas et attendis.

Un léger bruit me parvenait, comme un ventilateur à faible puissance. Un bruit constant. Ce n’était pas désagréable : il était juste régulier, sûr, comme une machine fidèle.

Avec un frottement à peine audible, un panneau vertical s’abaissa pour fermer la porte que j’avais empruntée. Pendant une seconde, j’hésitai : bondir dehors ou rester ?

Je devais rester : il fallait savoir.

La porte se referma complètement et, alors que je me demandais si l’installation électrique n’avait pas rendu l’âme m’obligeant à tâtonner, mille lampes s’allumèrent.

Un torrent blanc de lumière m’éclaboussa et déchira mes yeux. Machinalement, je protégeai mon visage de mes mains pour échapper à l’éblouissement.

Lentement, la lumière baissa et je commençai à distinguer quelques formes dans le vaste couloir.

Il faisait environ six mètres de large et un mur lisse bouchait son fond à environ trente mètres. A cinq pas de moi, une table noire, lisse et propre, brillait sous les projecteurs. Il y avait un papier posé dessus.

Derrière la table, dix mètres plus loin environ, une dalle circulaire bleue décorait le sol.

-Avancez jusqu’à la table, s’il vous plaît, et prenez connaissance du document.

J’hésitais encore. Mes yeux fouillaient dans cette cave lumineuse : je notais tout ce qui m’entourait même s’il n’y avait pas grand-chose.

-Avancez, s’il vous plaît, répéta la voix, vous avez trop attendu et nous vous avons trop attendu.

-Attendu ? vous nous attendiez ? mais qui êtes-vous ? où êtes-vous ?

La voix reprit : « Oui. Nous vous attendions. Les appareils ont atteint leurs limites. L’énergie commence à manquer et les moteurs qui équipent cette installation en exigent beaucoup. Bientôt ils s’arrêteront. La puissance disponible suffit pour un dernier passage, ensuite tout s’éteindra.

Le silence se fit et j’essayai de comprendre ce que la voix me disait : on nous attendait ! personne n’avait jamais pensé que les hordes possédaient une telle technologie !

En plus, elles nous attendaient !

Mais pour quoi ?

Un léger crissement me fit tourner la tête sur la droite : un panneau glissa dans le mur, révélant une porte de dimensions normales. Quelque chose bougea, comme quelqu’un qui se lève, puis j’entendis des pas légers venir vers moi.

Je n’avais aucune arme mais au point où j’en étais, piégé, prisonnier, complètement ébahi, je n’avais plus qu’à voir venir…

Un homme de grande taille apparut : il avait le teint très clair, le visage rasé de très près, les cheveux noirs et un léger sourire aux lèvres.

Il avança lentement, d’un pas fatigué et se plaça derrière la table : « Je suis un robot, dit-il, autant que vous le sachiez tout de suite »

Un robot ? je ne respirais plus : un robot ? il mentait. Impossible qu’il en fut autrement ! Son visage, ses yeux, sa peau, sa diction…

-Oui, je sais, dit-il, c’est incroyable mais cela fait un moment que la technologie permet ce genre d’exploit : une créature cybernétique avec un habillage humain.

-Mais…commençai-je

-Nous n’avons plus le temps ! on vous expliquera tout ça quand vous serez arrivé.

-Arrivé où ?

Le robot me regarda un moment puis:

-L’humanité est partie, dit-il brusquement.

Il me regarda droit dans les yeux et attendit que l’information pénètre mon esprit.

-Partie ? demandai-je

-Partie, oui. Vous avez vécu longtemps dans votre petit monde coupé du reste de la planète. Votre refus absolu du moindre contact avec vos semblables n’a pas facilité les choses.

Il poussa du doigt le document qui se trouvait sur la table : « Votre planète est pratiquement morte. La solution était dans les étoiles : les humains ont trouvé un monde de remplacement. Ils ont quitté la Terre.

-Ils ont quitté la Terre ?

-Oui. Il ne reste plus que vous : votre entêtement et votre agressivité ont empêché toute tentative de vous avertir ou de vous aider. Avant de partir, ils ont construit ces installations pour attendre les « retardataires », comme ils vous appellent.

Il s’arrêta un moment puis reprit:

– Deux siècles que j’attends. Deux siècles. L’énergie disponible est pratiquement épuisée et tous mes efforts pour l’économiser ne servaient à rien si vous ne vous manifestiez pas. Nous n’en avons plus que pour un seul voyage.

Il sourit: « Et il n’y a que vous. Votre méfiance a perdu votre peuple. »

Je ne comprenais rien : « Mais que dites-vous là ? ouvrez la porte ! appelons-les !

Le robot me fixa d’un regard qui me sembla malicieux : « Combien cela prendra-t-il de temps avant qu’ils n’admettent la réalité ? si jamais ils l’admettent ? j’ai poussé l’économie d’énergie jusqu’à éteindre la plupart des appareils. Je me suis mis moi-même en veille. Nous sommes à la limite de la rupture car l’essentiel sert au maintien d’une protection au-dessus de votre enclave. Le système peut s’écrouler d’une minute à l’autre maintenant que plusieurs appareils sont en marche et c’est vous qui les avez déclenchés !

-Nous ?

-Oui, en vous approchant de la muraille extérieure. Les automates de surveillance ont mis en route tout le réseau et ont servi à me communiquer les images et tous les calculs de vos déplacements. Je regrette mais nous ne pouvons plus prendre personne. Mettez-vous au centre de la dalle bleue.

-Mais ils vont mourir !

Il me montra le cercle derrière la table et s’écarta.

-Je vais bientôt être hors-service, monsieur, quant à vous, les étoiles vous attendent…

 

 

 

 

 

 

 

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