Droit d’ingérence et néo-racisme

La souveraineté des Etats est un obstacle pour les spécialistes du volontariat international et pour les paternalistes déguisés en bienfaiteurs.
Pour envahir l’Irak, les USA ont déployé des trésors d’imagination pour se positionner en libérateurs et en diffuseurs de la démocratie : mensonges de calibre cosmique, culot monstrueux et manoeuvres sournoises ont eu raison du peu d’esprit critique occidental (si jamais un tel esprit critique a existé vraiment).

Leurs histoires à dormir debout reconnues comme telles par l’opinion mondiale et par eux-mêmes, ils ont calmement et sans se démonter juré leurs grands dieux qu’ils voulaient juste démettre Saddam Hussein, catalogué dictateur de la même catégorie que Hitler.
Les suivistes habituels, y compris dans la « gauche » de pacotille d’aujourd’hui, ont acclamé avec le même aplomb : apparemment, l’oncle Sam peut tout se permettre. Même ses mensonges sont vertueux.
Quand un pays qui n’a jamais été une démocratie arrive à faire avaler une telle couleuvre, on commence à se demander si l’adhésion des admirateurs des USA n’est pas un peu suspecte : je pense qu’en réalité, ils sont complices de ce regard paternaliste et néocolonialiste.
Qu’ils trouvent des arguments pour l’intervention américaine et qu’ils s’échinent à la justifier en invoquant les meilleures intentions du monde, ne suffit pas à effacer le désagréable sentiment que tout ce beau monde (conservateurs et progressistes -de télévision-) est uni par la volonté d’apprendre à vivre aux sauvages.
Aucun ne relève que Saddam ne représente le mal que relativement aux USA. En soi, il n’était ni pire ni meilleur qu’un Pinochet, qu’un Marcos, que le Shah ou qu’une longue suite de dictateurs soutenus par les USA.
Le spécialiste et créateur du concept destructeur du « droit d’ingérence », Bernard Kouchner, s’est immédiatement rangé aux côtés des USA (il se retrouve aujourd’hui, naturellement dans un gouvernement furieusement pro-Bush).
Quand on lui a fait remarquer qu’il y avait d’autres dictatures à balayer, il a eu la réponse typiquement sioniste « Oui mais il faut bien commencer quelque part et ce n’est pas une raison pour laisser Saddam continuer »
La question n’était pas là du tout mais il sait comment détourner et retourner l’accusation. La vraie question est : « Pourquoi ne s’attaquer qu’à Saddam et pourquoi n’avoir jamais balayé aucune dictature auparavant ? »
Mieux : « Pourquoi, après avoir soutenu tant de dictatures, les USA voudraient-ils faire croire qu’ils sont opposés aux dictatures ? »
C’est le « droit d’ingérence » conçu comme une réaction morale et légitime qui provoque tant de ravages dans le monde : le problème est que ce droit d’ingérence ne se déploie que dans la direction des pays faibles.
La souveraineté des Etats est aussi piétinée par l’érection de tribunaux pénaux internationaux. Avoir la prétention de juger les hommes d’Etat d’autres pays est déjà en soi une aberration.
Cependant on ne juge pas n’importe qui : Ariel Sharon est intouchable et les citoyens US, mercenaires, civils ou militaires ne peuvent être jugés quels que soient les crimes qu’ils commettent. Israel et les USA se soustraient unilatéralement de la règle qu’ils prétendent eux-mêmes imposer aux autres.
Le droit d’ingérence est une horreur et une manifestation du mépris occidental. Une nouvelle forme de colonialisme.
L’attitude de la France et même de son opinion publique dans l’affaire de l’enlèvement des enfants tchadiens est révélatrice du sentiment raciste et colonialiste qui prévaut.
Vouloir séparer des enfants de leurs parents sous prétexte de leur sauver la vie alors qu’il s’agit d’argent, vouloir justifier l’injustifiable en se présentant comme des missionnaires du bien alors qu’ils trompent les parents et qu’ils ne tiennent aucun compte de leur avis, demander à juger les responsables de ce crime en France en sous-entendant (et même en le disant ouvertement) que le Tchad est une république bananière qui ne peut juger valablement des ressortissants européens, en arriver à demander à un juge tchadien si les éventuels inculpés pourraient être incarcérés (imaginez un tchadien poser la question à un juge français), tout cela montre le mépris total qu’éprouvent les occidentaux même les mieux disposés pour ces barbares d’Afrique et d’ailleurs qui sont tellement pauvres qu’on peut leur voler leurs enfants…parce que, les salauds, ils ne peuvent les faire vivre convenablement.

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